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Quito - Premières impressions

Je m'assoie à ce qui sera désormais mon bureau pour les écrire. Le 16. Dix jours se sont déjà écoulés depuis mon arrivée à Quito au soir du 10 octobre. Ou plutôt au petit matin, vous aurait dit mon organisme resté en France. Celui-ci, je ne le savais pas encore, tarderait bien une semaine et un océan plus tard avant de me rejoindre aux 2 800m d'altitude auxquels culmine la capitale équatorienne.

 

 

 

Je me rappelle être arrivée d'humeur légèrement maussade, l'impression de ne pas être encore prête. Il me manquait alors encore de réaliser. Je l'attendais pourtant ce voyage, et bien plus que de raison. Mais les départs éthyliques, les au revoir déjà empreints de la hâte de "vous revoir" et les rencontres tardives me retinrent plus que prévu -et pour un moment encore, en France. Et puis l'appréhension. Ce n'est pourtant que 5 mois. C'est court, 5 mois quand on y pense. Ni la moitié d'une année, ni le temps de voir s'écouler complètement une saison. Pas la durée d'un hiver, pas même celle d'un été. Mais 5 mois tout de même. Il semblerait que la distance et l'exotisme tout supposé de la destination rallongent de plusieurs années la durée réelle de chaque mois encore à écouler.


Et à la fin, j'aurai vécu tout ça.

 

 Avec son lot d'expériences insolites, de rencontres tardives et de promesses éthyliques que oui, c'est sûr, très bientôt je reviendrai. Mais en attendant, et devant moi, il me reste "tout ça". 

Je m’assoie à ce qui est désormais mon bureau pour écrire ces tout premiers mots Quiteños. Juste après avoir enfin défait mes bagages et arrangé la pièce que j'ai adoptée et que j'apprécie déjà comme ma chambre. Située dans le paisible village de la Merced, dans une vallée encaissée de toutes parts par la Cordillère des Andes dont la quiétude la maintient à l’abris de quelques 45 minutes de route et une colline de la tonitruante Quito.

Dès mon arrivée, Guido, mon maître de stage, est venu à l’aéroport pour m’accompagner jusque chez lui, où j’ai élu domicile. Leur chaleur et le large sourire affiché sur leurs visages ont de suite renvoyé à l’aéroport l’humeur maussade et l’appréhension qui m’accompagnaient sur tout le trajet depuis Paris. Guido me ferait connaître Quito dès le lendemain, après une escale d’initiation aux saveurs équatoriennes qui relèvent encore pour moi du véritable dialecte gustatif. Dès le lendemain, je ferai aussi connaissance de sa fille Emilia qui habite avec lui -désormais avec moi aussi. J’ai de suite été traitée comme partie intégrante de la famille, où l’on prend chacun de nos repas ensemble, et où les sujets de conversations fusent et ne tarissent jamais.

 

 


 La langue n’a pas été un problème pour moi (du moins pas dans les premiers jours). J’en avais déjà rudement acquis les rudiments au cours d’un séjour d’une année en Espagne, et j’ai ainsi donc plongé de nouveau dedans sans difficulté aucune, m’entortilant d’allégresse dans les sonorités espagnoles et ce qu’elles apportent de nouveau, et de si différent du Français dans les conversations, la façon de raconter une histoire ou d’en percevoir la drôlerie. Mais à force de faire des ronds avec ma langue, elle finit par s’entortiller, se nouer, et me faire trébucher. A terre. La fatigue, et, paraît-il, tout à réapprendre. A nouveau je me reglisse dans ma peau de Française. Avec ce si typique accent capable de creuser la platitude depuis les altitudes andines jusqu’un niveau bien en-dessous de celui de la mer. Traînant. Hésitant. Trébuchant même. Et bien sûr, ponctué de ces fameuses sonorités à la parenté très certainement bovine. Il me tarde de retrouver l’aisance dont au début j’étais si fière.


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